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Quand le football nous renvoie en pleine figure ce qu’est notre société

Deux jours après ce dimanche exceptionnel de mobilisation, où près de 4 millions de français se sont réunis dans toute la France pour saluer la mémoire des 17 personnes décédées dans les attentats terroristes, le pays poursuit sa marche en avant contre la colère et le chagrin. Si énormément de pays dans le monde, de clubs de football partout sur la planète, nous ont rendu un vibrant hommage, l’attitude de certains joueurs de foot en France, qui ont pris le parti de ne pas pointer du doigt ces actes terroristes, criminels et symboliques, attire l’attention et choque une grande partie de l’opinion publique. A l’instar de ce qui se passe finalement dans notre société au sens large.

Encore secouée de chagrin, abasourdie de consternation tout en pansant ses plaies puisque la vie doit suivre son cours, la France se replonge tout doucement dans son quotidien qui était encore le sien mardi dernier. De vibrants hommages ont été rendus de la France toute entière, quelle que soit la religion, quel que soit l’âge, quel que soit le milieu social. L’essentiel était ailleurs, très loin de ces considérations-là. Il s’agissait surtout de rendre hommage à l’acte symbolique en lui-même que représentait ces attentats contre la liberté que n’importe quelle autre cause. Certains ignorants, minoritaires, fort heureusement pour la santé de notre culture, ne l’ont pas compris et en ont profité pour partir sur d’autres terrains scabreux en déversant des messages de haines qui cautionnent ces assassinats. Comme nous avons tous coutume de le dire, le football est un miroir tout à fait conforme à ce qui se passe dans notre société. Ce n’est pas les événements récents lors des témoignages de soutien aux familles de victimes dans le cadre de matchs de football qui nous ferons croire le contraire. Comme dans la société, certains joueurs ont pris le parti de ne pas pointer du doigt (chose qui ressort encore plus quand tout le monde autour fait le contraire) des agissements objectivement indéfendables. Et à vrai dire, un très grand nombre de personnes ne comprend pas vraiment pourquoi.

« La liberté d’expression », argument échappatoire

Nous entendons d’ici l’écho des voix de ceux qui se défendront de s’être désolidarisé de cette cause, sûrs de leur fait, en faisant valoir leur droit à la liberté d’expression. Argument fourre-tout, facile, démago, d’apparence implacable mais qui permet surtout de ne pas justifier autrement le fond d’une pensée. La « liberté d’expression » est un argument branché (imparable pour les naïfs qui ne peuvent ou ne veulent pas entendre), que l’on ne peut vous reprocher dans un pays démocratique. Plaidoirie qui n’est est pas une, en réalité, au regard des atrocités indigestes qui ont été balancées gratuitement sur les réseaux sociaux, que l’on devrait appeler au passage « le défouloir des ignorants en quête de notoriété », au nom de cette même liberté d’expression. Aujourd’hui, plus que jamais, cette liberté d’expression, noble formule, est utilisée n’importe quand et surtout par n’importe qui. Elle perd de son sens à cause d’eux.

La politique de l’autruche qui donne la nausée.

Les joueurs eux-mêmes, qui n’ont pas jugé utile de porter un maillot en hommage aux attentats des terroristes (ou qui ont caché le slogan avec du scotch lors du match Valenciennes- Sochaux, hier) comme tous leurs camarades autour d’eux, se défendront eux aussi en ayant des arguments. Eux aussi répondront fermement, le ton grave, eux aussi sûrs de leur fait, qu’il n’est pas dans leur fonction de mêler football et politique. Argument là encore facile d’autant que ce seront ces mêmes joueurs apolitisés que l’on verra dans six mois défendre telle ou telle cause ou communauté. Comme dans notre société, le football pointe du doigt en immense majorité, non sans dégout et mépris, ces faits tragiques, inexcusables. Comme dans notre société, certains joueurs de foot font comme si rien ne s’était passé en se muant dans un silence assourdissant qui fait mal aux oreilles. Comme dans notre société, certains joueurs rapportent lâchement, pour ne pas avoir à se mouiller, que leur fonction n’est pas d’en parler. Ces personnes égoïstes se sont-elles demandées si elles n’apprécieraient pas une telle mobilisation autour d’eux si ces faits atroces touchaient leur propre famille? A n’en pas douter, non. Comme dans notre société, cette communication de l’aveuglement et de l’égoïsme dans le football, qui représente fort heureusement une infime minorité, nous donne encore aujourd’hui envie de vomir. Et ça, la liberté d’expression nous autorise à le penser, l’écrire et le dire.

 

Vivien Couzelas

À propos Vivien Couzelas

Vivien Couzelas
Amis passionnés de football, Une fois le Diplôme Européen de Journaliste en poche et quelques expériences professionelles dans le journalisme plus tard, j'ai décidé de mettre sur pieds un site à l'image de ma conception du football :Quelque chose de sérieux mais sans prise de tête, quelque chose qui nous rend par moments cinglés mais en gardant du recul, quelque chose dont on ne peut pas se passer tout en ne restant que du sport.... J'espère que vous prendrez autant de plaisir à me lire que je prends chaque jour à faire un métier autour de ma passion. Amitiés sportives, Vivien

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