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Crédit Photo Panoramic
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Omar Da Fonseca: « Le championnat argentin régresse dans tous les domaines »

À l’heure où l’on tente déjà de deviner qui sera le futur vainqueur le plus crédible des différents pays, un championnat  vient à peine de reprendre ses droits : Le championnat argentin. L’occasion rêvée de faire le point avec Omar Da Fonseca, ancien international argentin et Champion de France avec Monaco et le PSG, sur un championnat qui glisse lentement mais surement dans une spirale infernale. Entretien passionnant avec le consultant de la chaîne sportive beIN Sports qui nous  livre un constat aussi touchant qu’alarmiste sur la dérive du championnat argentin. Tout est dit.

Avez-vous encore le temps, de par vos occupations, de jeter un œil sur le foot en Argentine?

Tout le temps, moi je ne fais que ça. Je regarde les matches et j’ai beaucoup d’amis entraîneurs là-bas. Parmi eux, je suis très proche de Carlos Bianchi. J’ai regardé le match de River Plate mercredi dernier. Je suis très attaché à ce championnat.

Quel regard vous portez sur le niveau actuel du championnat argentin?

Le niveau régresse dans tous les domaines. La programmation des matches est souvent faite à la dernière minute avec des horaires de diffusion compliqués pour les spectateurs. Au niveau des tribunes, Boca Junior vient de jouer contre Belgrano de Cordoba, le weekend dernier, sans le moindre spectateur à cause des violences qui ont lieu dans les stades. C’est toujours aussi compliqué et surtout mal géré. La presse est également fautive en créant toujours des tensions inutiles et en montant les gens les uns contre les autres.

Et au niveau sportif?

La plupart des joueurs sont soit très jeunes ou des anciens sur le retour comme Lucas Bernardi, Fuertes, Maxi Rodriguez ou Juan Sebastian Veron qui est revenu à l’Estudiantes, l’actuel leader du championnat après trois journées.

On a l’impression, de l’extérieur, que ce championnat est moins un vivier de talents que cela pouvait être le cas auparavant. Est ce une réalité ou une idée reçue?

C’est bien une réalité, la qualité des matches est mauvaise. Tout est dans la souffrance, l’improvisation. Les entraineurs sautent après seulement trois matches si les résultats ne sont pas au rendez-vous. Du coup, il y a toujours des frictions, des fautes. Là-bas, les matches dépassent toujours 40 fautes par match!

Le championnat argentin bénéficie en Europe de l’image d’un championnat technique. Est-ce la réalité?

C’est un championnat physique. Il vaut mieux dégager dans la tribune si l’on mène 1-0 que de tenter un contrôle. Il ne faut surtout pas perdre et prendre des risques. Le niveau technique est faible et les schémas tactiques sont conservateurs.

L’argentine a pourtant toujours été un pays qui produit des joueurs techniques. Comment réagit le pays à l’évolution de son championnat?

Ceux qui essayent d’apporter une réflexion sur le football sont évidemment très frustrés et déçus. Jorge Valdano disait récemment que ceux qui n’habitent pas en Argentine ont une vision neutre et prennent de la distance avec ça mais cette conception du foot n’est pas la veine du football argentin. Les dirigeants savent, dans la plupart des clubs, qu’ils sont simplement de passage et mettent en avant leur intérêt personnel avec des transferts. Il y a par exemple aucun investissement de fait dans les infrastructures ou tout autre domaine susceptible de faire perdurer un club. La seule chose qui compte est la victoire du dimanche prochain, peu importe la manière. Il y a toujours une réflexion vers le bas.

Comment expliquez-vous le fait que le Championnat argentin réussisse aujourd’hui à conserver ses talents et acheter des joueurs (Santos a par exemple remplacé Neymar par Leandro Damiao) alors que l’argentine ne les conserve plus?

Le Brésil est complètement l’opposé de l’Argentine. Au Brésil la plupart des équipes ont de l’argent avec des organisations privées et des capitaux. Des clubs comme l’Atletico Parananense ou Cruzeiro ont des installations, des centres de formation ou des centres d’entrainement qui leur appartient. Tout ça n’existe nulle part en Argentine! En Argentine, le Centre d’entrainement de Boca ou de River ressemble à celui de Gueugnon, par exemple.

Des clubs comme Santos qui perdent Neymar réussissent à se renforcer dans la foulée en faisant signer Leandro Damiao. On a le sentiment que les départs ne sont pas remplacés dans les clubs argentins…

C’est le cas car rien n’est anticipé en Argentine. Daniel Passarella, pendant ses quatre années à River Plate, n’a fait que de vendre des joueurs. Il n’a pas gagné le moindre trophée et n’a pas fait sortir un seul joueur. Je parle beaucoup de tout ça avec Carlos Bianchi et d’autres journalistes argentins, c’est une grande tristesse. Les clubs n’ont pas d’argent, les terrains sont secs, tout est négatif.

C’est donc sans issue?

Cela fait 40 ans que je suis ce championnat et que je me dis que les choses vont s’améliorer… Au Brésil les stades sont magnifiques avec l’arrivée de la Coupe du Monde. En Argentine, « le Monumental (stade de River Plate) » est très vieux. À San Lorenzo, il n’y a pas de toits, il y a de la boue! Tu ne ne peux pas aller avec ton enfant dans des stades pareils. Les stades de Vélez ou Lanus sont à peu près corrects. Les accès aux stades sont également très mal desservis. Deux trois clubs essayent d’insuffler une politique à travers les socios mais le négatif reprend aussitôt le dessus.

Boca et River ne sont plus les patrons comme avant…

La ferveur fait que Boca et River monopolisent toujours l’attention du public. Avec le nouveau système de championnat (Il y a un championnat d’ouverture et un championnat de clôture. Les vainqueurs des deux championnats s’affrontent dans une finale) le vainqueur n’est jamais le même. Ce n’est jamais le même champion. Aucune équipe n’a d’identité ou de réflexion qui accoucherait d’un projet concret.

Le football argentin c’est également sa sélection, quelles sont aujourd’hui les forces et les faiblesses de la sélection?

La plupart des joueurs qui iront à la Coupe du Monde sont essentiellement des joueurs évoluant en Europe depuis près de dix ans. Ainsi les joueurs auront un passeport argentin mais majoritairement une organisation et une rigueur très européenne dans la préparation. Cette préparation sera un atout quand on sait ce qui se passe en Argentine. On a aujourd’hui un déséquilibre. On devrait retrouver au milieu  des joueurs comme Mascherano, Biglia, Banega et Di Maria, troisième milieu de terrain comme au Real Madrid. Devant ce sera Messi, Aguero et Higuain. Nous avons un fort potentiel offensif, avec en plus Palacio ou Lavezzi, mais je demande à voir sur le plan défensif. Les deux gardiens Andujar et Romero, qui sera le gardien titulaire, ne jouent pas dans leurs clubs. Toutes ces incertitudes sur le plan défensif ne sont pas des points forts. À l’inverse, la sélection brésilienne pourra se reposer sur le secteur défensif mais moins sur le côté offensif avec un seul avant-centre (Neymar).

Une victoire de l’Argentine sur les terres du Brésil, l’histoire serait belle…

On a beaucoup d’espoirs. On aura toujours la possibilité de voir Messi réaliser un exploit s’il est en grande forme. L’Argentine a un groupe qui est tout à fait abordable. On peut tout à fait envisager d’aller au moins en demi-finale si l’on ne rencontre pas l’Allemagne en quarts de finale. Ce serait magnifique en tout cas de gagner! J’espère que Messi sera le meilleur joueur du tournoi, le meilleur buteur et avec le plus beau but!

Vivien Couzelas

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À l’heure où l’on tente déjà de deviner qui sera le futur vainqueur le plus crédible des différents pays, un championnat  vient à peine de reprendre ses droits : Le championnat argentin. L’occasion rêvée de faire le point avec Omar Da Fonseca, ancien international argentin et Champion de France avec Monaco et le PSG, sur un championnat qui glisse lentement mais surement dans une spirale infernale. Entretien passionnant avec le consultant de la chaîne sportive beIN Sports qui nous  livre un constat aussi touchant qu'alarmiste sur la dérive du championnat argentin. Tout est dit. Avez-vous encore le temps, de par vos…

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À propos Vivien Couzelas

Vivien Couzelas
Amis passionnés de football, Une fois le Diplôme Européen de Journaliste en poche et quelques expériences professionelles dans le journalisme plus tard, j'ai décidé de mettre sur pieds un site à l'image de ma conception du football :Quelque chose de sérieux mais sans prise de tête, quelque chose qui nous rend par moments cinglés mais en gardant du recul, quelque chose dont on ne peut pas se passer tout en ne restant que du sport.... J'espère que vous prendrez autant de plaisir à me lire que je prends chaque jour à faire un métier autour de ma passion. Amitiés sportives, Vivien

2 plusieurs commentaires

  1. Sympa l’ITW avec un côté bien déprimant mais c’est la triste réalité. Seule lueur d’espoir dans tout ça, le Velez semble être un des rares clubs bien géré et se défend bien depuis quelques temps en étant régulièrement en lutte pour le titre et en recrutant intéligement.

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