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La tête de gondole du mercato saison 2014-2015 collection été
La tête de gondole du mercato saison 2014-2015 collection été

Le cas Doria

Arrivé l’été dernier du côté de Marseille à la fin d’un marché des transferts très calme, Matheus Dória Macedo n’a pas encore eu l’occasion d’exprimer son talent en équipe première. Son transfert coûteux dans un championnat en récession fait parler, et son cas suscite bien des interrogations.

Partira, partira pas ? Le suspense est insoutenable dans une Ligue 1 en cruel manque de stars, à l’exception de celles de la capitale et des rescapés du Rocher. Pas un mois sans entendre parler d’un Dória qui explore simultanément les bancs de touche de Ligue 1 et les pelouses abîmées de CFA 2. Peu de conférences de presse sans que les journalistes ne demandent de ses nouvelles à Marcelo Bielsa. À l’heure où le moindre petit pont réussi par un U11 au fin fond de la Laponie tourne en boucle sur Youtube, le défenseur brésilien extirpé de sa condition de joueur non payé par un club de Botafogo relégué en seconde division est arrivé en France précédé d’une réputation flatteuse. Ajoutez à cela un transfert plutôt coûteux (entre 5 et 10M€, foutue tierce-propriété) pour un club obligé d’équilibrer son budget, et il était évident que le capitaine de l’équipe brésilienne victorieuse du dernier festival espoirs de Toulon serait amené à devenir le centre de discussions endiablées.

Des brésiliens annoncés comme des « pépites », Marseille en a connu. S’il suffisait d’être en sélection espoir ou de se baser sur une réputation, Dill, qui devait épauler en attaque un Jardel qui n’aura fait que visiter la ville, Adriano, Marcelinho, Fernandão ou encore André Luis seraient tous devenus des cracks, mais on connaît la suite. La plupart est repartie des Bouches-du-Rhône sans laisser de souvenirs impérissables, à l’exception peut-être de Fernandão, qui s’il fut un temps humoristiquement surnommé « Fernandel » à Marseille n’en reste pas moins apprécié, indépendamment de son destin tragique. Lors de sa signature, Dória était annoncé comme étant courtisé par les plus grands cet été (Napoli, Milan AC), tout comme Loris Arnaud fut un temps dans le viseur du Real ou Valbuena dans celui du Barça, les cas sont légion. Si le besoin de certaines composantes d’un transfert est de survendre le produit afin d’en hausser le prix est logique, il peut néanmoins induire en erreur l’observateur ou le supporter, qui attendra forcément plus du joueur dans un tel cas de figure. Un peu comme un film dont on vous rabattrait les oreilles et dont vous sortez déçu. Difficile en tout cas de démêler le vrai du faux, et de se faire une réelle opinion sans l’avoir vraiment vu évoluer au plus haut niveau.

Orgueil mal placé de Bielsa ou qualités insuffisantes ?

Tout le monde suivant le club de près ou de loin se souvient de la conférence de presse qui avait énormément fait jaser. Marcelo Bielsa, intègre, avait publiquement exposé ses griefs envers une direction qui n’avait alors pas jugé nécessaire de le sonder au moment d’enrôler le brésilien. Une crise couvait au club, il fallait même virer Bielsa ! Tout le monde s’en était donné à cœur joie pour dézinguer l’argentin. Depuis, l’OM a terminé la phase aller premier, et les vautours attendrons encore un peu avant de déchiqueter sa carcasse et revendre sa glacière. Malgré ce, le cas Dória fait toujours parler. S’il n’a pas eu une minute de jeu depuis son arrivée et n’a pas trouvé sa place au sein d’une défense qui est convaincante lorsqu’elle évolue à quatre, c’est parce qu’El Loco en fait une affaire personnelle avons-nous pu lire. El Loco n’est au final peut-être pas si fou, ne fait pas sa composition d’équipe en fonction du prix des joueurs et reste celui qui le voit régulièrement évoluer à l’entraînement. Dória a le profil d’un défenseur gaucher athlétique et pour le moins rugueux. De là à en conclure qu’il est pour l’instant limité techniquement pour un entraîneur qui aime faire jouer ses équipes, en ajoutant à cela la différence de culture tactique, il n’y a qu’un pas que l’on peut franchir allégrement. Le brésilien n’a pas pour autant été mis au placard. Au contraire, le joueur a droit à des séances supplémentaires comme a pu le montrer le très instructif documentaire hebdomadaire « Objectif Match ». On pouvait voir lors d’un épisode Barrada et un membre du staff de l’OM faire travailler les passes de l’intérieur du pied gauche, la base donc, à la « pépite » qui semblait appliquée et prête à progresser en attendant d’avoir sa chance.


« Jeune défenseur sensationnel », difficile de se faire une opinion pertinente à partir d’une vidéo

Should I stay or should I go?

Seulement du temps il n’y en a que peu dans le football moderne. Le produit doit jouer, générer des revenus et engraisser le plus de monde possible. Hors de question qu’il moisisse un an ou deux à s’acclimater en réserve ou sur un banc le temps de parfaire ses gammes et d’être fin prêt. Si bien que le brésilien qui a eu 20 ans en novembre dernier en aurait finalement assez au bout de six mois et songerait à aller glâner du temps de jeu ailleurs. Là encore, difficile de faire le tri entre volonté du joueur et celle des agents. La Lazio et l’Hellas Vérone seraient intéressés par des prêts mais rien ne semble être encore concret. Des clubs brésiliens seraient également sur les rangs mais l’on serait réticent du côté marseillais à le laisser retourner là où l’on juge qu’il ne progresserait pas tactiquement. Dans la hiérarchie des défenseurs centraux, Dória passe après des Fanni et N’Koulou ressuscités, un Morel révélé à ce poste ou même Aloé, très bon face à Bordeaux et international français dans les catégories de jeunes. Encore qu’en Coupe de France le brésilien faisait bel et bien partie du groupe, contrairement à Aloé, Andonian ou encore Sparagna.

Certains médias parlent déjà d’un gâchis, à 20 ans, à un poste où il est très difficile de se faire sa place jeune. Au même âge, Thiago Silva n’avait encore jamais joué avec Porto et allait bientôt s’envoler pour la Russie rencontrer tuberculose et dépression. Dépressif, le capitaine de la Seleção l’est apparemment toujours, mais force est de constater que celui-ci a connu un niveau étincelant. Que faire donc ? Les avis semblent partagés chez les supporters marseillais, dont 34% estimait récemment selon un sondage du site « Le Phocéen » que le brésilien devait être titulaire. Même si cela n’est pas forcément représentatif de tous les supporters marseillais, on est en droit de se demander combien parmi ce chiffre l’a réellement vu jouer. Attendons donc un peu. Accordons un peu de crédit à un Bielsa qui connaît le football malgré un ou deux entêtements (ie Lemina arrière droit) que même les plus grands ont. Au sein de cet OM qui va bien, parenthèse grenobloise mise à part, Dória fait figure de cas épineux, avant, qui sait, de devenir un cas d’or. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Grégory Sokol

À propos Grégory Sokol

Grégory Sokol
Passionné de football depuis toujours et au moins autant des tribunes, mouvements de supporters ainsi que de la relation qu’entretient le foot avec la musique ou encore l’Histoire, j’essaie de partager ma passion de l'intérieur, avec des récits de matchs, anecdotes, reportages ou interviews. Ayant arpenté pas mal de stades depuis pas mal d'années, je tente d'être objectif malgré une incorrigible nostalgie, celle-là même qui fait bien souvent l’essence du supporter. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à me lire que j'en prends à écrire.

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