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Verdun (c) Grégory Sokol
Verdun (c) Grégory Sokol

J’étais à la mascarade Red Star – Saint-Etienne

Ce devait être une affiche sentant bon la nostalgie et le foot d’antan entre deux clubs représentant historiquement bien plus que des pions sur l’échiquier du football français. Au final, ce fut une mascarade sans nom et une fête gâchée.

Ah la Coupe de France. Cette compétition où les rêves les plus fous sont permis, où les rejetés des centres de formation ainsi que les amateurs peuvent plumer les professionnels gâtés et leur faire la nique, le temps d’une soirée. D’autant qu’avec la sempiternelle décrépitude du niveau du football en France, à de rares exceptions près, le nivellement par le bas permet de rivaliser plus facilement avec les équipes de l’élite. Fut un temps, c’était aussi un moment d’évasion pour les supporters des plus grands clubs du pays, qui retrouvaient par le biais de Dame Coupe des contrées moins habituelles et des stades plus champêtres le temps d’un week-end. Mais ça c’était avant. Avant que les stades ne soient plus aux normes ou pas assez rentables, et tant pis pour les côtés populaire ou nostalgique. Avant que les supporters visiteurs ne soient interdits de déplacement pour un oui ou pour un non. Avant qu’un calendrier apocalyptique n’enraye la tradition du week-end et ne nous offre des Yzeure-Guingamp à 17h ou des Monaco-Rennes à 19h en pleine semaine. Idéal pour l’affluence et requinquer cette compétition de plus en plus décriée par des observateurs élitistes gavés de Champions League.

Le stade Bauer (c) Grégory Sokol

Le stade Bauer (c) Grégory Sokol

Sélection par l’adresse

Porte de Saint-Cloud. La lumière n’est pas sur le Parc des Princes et son ambiance aseptisée mais sur son voisin refait à neuf et habituellement dévoué au rugby, le stade Jean Bouin. L’affiche était moins alléchante sachant qu’elle ne se déroulerait pas à Bauer et elle perd carrément en intérêt pour le spectateur neutre que je suis, sachant que les supporters stéphanois ne sont pas du déplacement à cause d’un arrêté pondu quelques jours plus tôt, bien après l’achat du billet pour la rencontre pour ma part, sans quoi je n’y serais même pas allé. Après quelques minutes à longer le Parc des Princes où sont placardées certaines anciennes gloires du club, Jean Bouin montre ses éclairages ainsi que son barrage de CRS chargé de contrôler billets… Et cartes d’identité. Malheur à celui qui est né ou qui résiderait trop près de Saint-Etienne ! Impossible de rentrer, car adresse résidentielle située à 150 km de la capitale du Forez, le comité d’office sommant de se rendre en tribune présidentielle pour voir si quelque chose peut être fait. Au-delà de la joie incommensurable que me procurerait une place au plus près du président Hollande ou de Marc Lavoine et la naïveté mise à part, je désire simplement retirer mon billet et voir le match. Habitant dans la région parisienne, il est possible de voir le match, à condition d’avoir un justificatif de domicile. Comme un idiot, j’ai oublié de prendre ma facture d’électricité et mes trois derniers bulletins de salaire pour aller au stade.

Après quelques palabres inutiles, une attente d’une quinzaine de minutes sur le côté à voir les gens passer devant moi comme si j’avais fait quelque chose de grave et avoir donné un cours magistral sur ce qui fait partie ou non de la région stéphanoise, je demande le remboursement du billet que j’ai pu acheter là par contre sans aucun problème. Las de mes vociférations et ne sachant plus quoi faire de moi, on m’envoie voir le chef, qui, je l’espère, sera plus calé en géo mais surtout un peu plus compréhensif. La réservation mail avec l’adresse de résidence actuelle sera le salut et il est enfin possible de passer. Sur le parvis et dans le bar lui faisant face, quelques supporters stéphanois sont de la partie, emmitouflés dans des écharpes et bonnets aux couleurs des Verts. Comment est-ce possible, sachant que c’est interdit ? « Nous sommes nés à Saint-Etienne mais habitons depuis peu dans la région parisienne, du coup ils nous ont demandés à l’entrée un justificatif de domicile et de planquer les écharpes », élucide l’un d’eux. Dans cette partie de chifoumi endiablée, le lieu de résidence annule donc le lieu de naissance et la passion pour un club, tandis qu’une adresse sur une carte d’identité détermine le club supporté. Intéressant. Encore plus intéressant, les gens résidant dans le Rhône, grands supporters des Verts comme chacun sait, ne sont également pas les bienvenus. Fort heureusement, l’affiche n’oppose pas le Red Star au PSG, faute de quoi tous les gens résidant en Île-de-France et départements limitrophes auraient sans doute été interdits d’accès. Le ridicule ne tuant pas encore, les autorités ont encore de beaux jours devant elles.

Une ambiance bien terne

Le match débute dans une dizaine de minutes, les gens s’agglutinent dans le froid devant les tourniquets électroniques. Peu de ferveur dans les travées, seul résonne le « You’ll Never Walk Alone » remasterisé par Los Fastidios, le groupe de street punk italien. Punk, la pelouse l’est aussi, avec ses allures de terrain de beach soccer voire de complet champs de patates labouré par les gros sabots des rugbymen du Stade Français. Le décor est planté. Une pelouse minable, des supporters stéphanois interdits de déplacements, une partie des supporters du Red Star boycottant le match car loin de Bauer et de leur banlieue rouge, des latérales parsemées de sièges vides et pour cause, à 40€ et 50 € lesdites places, le tout dans un froid de canard. Une totale réussite. Les deux équipes entrent sur le terrain. Toujours pas de vert, les audoniens arborant un maillot blanc tandis que les Verts les plus célèbres de France jouent en noir, mais on est habitués à voir les couleurs historiques des clubs bafouées. Un petit groupe d’irréductibles prend place derrière le but de Bobby Allain, le portier du Red Star. Ce sont des supporters stéphanois qui ont réussi à rentrer. Les mesures prises sont une réelle réussite et en cas de volonté d’en découdre de part et d’autre, rien de plus facile car rien n’est prêt pour les en dissuader. Il faudra la prochaine fois penser à faire un arrêté interdisant toute personne résidant en France métropolitaine de se rendre au stade. Heureusement, il semblerait que tous les supporters de foot ne soient pas des hooligans et un parcage de fortune est mis en place pour encadrer les fans stéphanois qui s’organisent pour donner de la voix.

Parcage de dernière minute des indésirables (c) Grégory Sokol

Parcage de dernière minute des indésirables (c) Grégory Sokol

Côté terrain vague, van Wolfswinkel jette un froid, si tant est que ce soit possible, dès la 18ème minute en profitant d’une sortie ratée d’Allain. C’est même le blizzard qui s’abat sur les supporters audoniens lorsque Ielsch fauche en pleine course le néerlandais quelques minutes plus tard et les pensionnaires du National sont réduits à dix. Le match semble déjà plié mais, au courage, le Red Star égalise dans la foulée grâce à une splendide reprise de volée du pied gauche d’Hameur Bouazza, l’ancien vagabond d’Angleterre, sur un non moins splendide centre en profondeur de Beziouen, prenant Paul Baysse à revers. Le public se réveille, se prend à rêver, d’autant que le même Bouazza manque une occasion franche face à Ruffier trois minutes après l’égalisation, et les « Red Star, Red Star, Red Star » s’élèvent des tribunes. Les longues ouvertures et imprécisions techniques se succédent par la suite, à quelques exceptions près comme la splendide roulette de Sliti. Difficile de blâmer des joueurs plein de bonne volonté qui évoluent sur un billard au tapis bien lacéré. Dans les tribunes les politesses s’échangent et les « Paris Paris on t’… » répondent aux « paysans, paysans ». Le sort a finalement pitié de l’assistance et lui épargne la prolongation sur l’un de ses fameux coups. Cros dévie malencontreusement le ballon dans son propre but, Saint-Etienne se qualifie pour les quarts de finale en laissant au repos la célèbre « magie » de la Coupe de France, qui ce soir n’aura été qu’un tour de mauvais illusionniste.

Grégory Sokol, à Paris

À propos Grégory Sokol

Grégory Sokol
Passionné de football depuis toujours et au moins autant des tribunes, mouvements de supporters ainsi que de la relation qu’entretient le foot avec la musique ou encore l’Histoire, j’essaie de partager ma passion de l'intérieur, avec des récits de matchs, anecdotes, reportages ou interviews. Ayant arpenté pas mal de stades depuis pas mal d'années, je tente d'être objectif malgré une incorrigible nostalgie, celle-là même qui fait bien souvent l’essence du supporter. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à me lire que j'en prends à écrire.

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